Marine organisms and seashells scattered on sandy beach

Effet réservoir ou la datation C14 des organismes marins

La datation au carbone 14 est une méthode essentielle en archéologie. Elle permet de déterminer l’âge des artefacts organiques (bois, charbons, ossement…). En ce qui concerne les organismes marins, cette méthode rencontre des défis uniques en raison de l’effet réservoir, un phénomène qui rend difficile l’interprétation des résultats. Dans cet article, nous expliquerons ce concept, les méthodes de correction utilisées par les scientifiques, et les limites de la datation C14 dans les environnements marins. 

L’effet réservoir pour la datation C14 des organismes marins

Origine et mécanismes de l’effet réservoir

L’effet réservoir est une variation dans la concentration de carbone 14 (C14) entre les organismes terrestres et marins. Cette différence pose des défis uniques pour la datation des échantillons marins. Contrairement au carbone atmosphérique qui est uniformément distribué et rapidement recyclé, l’eau de mer présente des niveaux de C14 nettement plus faibles. Ce déficit en C14 s’explique par plusieurs facteurs.

Tout d’abord, l’échange de carbone entre l’atmosphère et l’océan est un processus lent et ce, en raison de la grande masse des océans et de la faible solubilité du dioxyde de carbone dans l’eau. De plus, les courants océaniques et la stratification des masses d’eau entraînent une circulation du carbone qui varie avec la profondeur et la latitude. D’autre part, l’océan contient des quantités significatives de carbone ancien, en particulier sous forme de carbonate dissous qui n’a pas été en contact récent avec l’atmosphère. Ce carbone ancien peut avoir plusieurs origines telles que la dissolution des roches carbonatées ou le volcanisme sous-marin, contribuant à un “vieillissement » apparent des organismes marins.

Conséquences de l’effet réservoir : l’âge réservoir

Les conséquences de l’effet réservoir conduisent à un « vieillissement » de l’âge des organismes marins lorsque ceux-ci sont datés au carbone 14. Les organismes marins intègrent moins de C14 que leurs homologues terrestres du fait des niveaux réduits de C14 dans l’eau de mer. En effet, les organismes marins commencent avec une « horloge » radiocarbone déjà décalée par rapport à celle des organismes terrestres au moment de leur mort. 

Cette différence appelée « âge réservoir » est en moyenne de 400 ans pour les eaux océaniques superficielles. Pour autant, l’âge réservoir n’est pas constant et peut varier en fonction de divers facteurs géographiques et environnementaux comme la profondeur de l’eau, la proximité des sources d’eau douce, et la composition géochimique des masses d’eau. Par exemple, les eaux présentes dans les estuaires ou des deltas affichent des variations significatives de concentrations de carbone 14 en raison du mélange entre les eaux douces et marines ce qui impacte l’âge réservoir. De même, la concentration de C14 varie en fonction des latitudes : les eaux polaires présentent souvent des âges réservoirs plus élevés en raison de la circulation plus lente des eaux et du faible échange avec l’atmosphère.

Correction de l’effet réservoir par les scientifiques

Méthodes de calibration avec des échantillons de référence

Les scientifiques s’appuient sur des échantillons de référence afin de pallier aux décalages causés par l’effet réservoir et ainsi obtenir des datations plus précises. Une méthode fréquemment utilisée consiste à comparer les résultats obtenus sur des coquilles marines dont l’année de mort est connue. Ces coquilles issues de contextes archéologiques bien datés ou de collectes récentes permettent de calibrer les âges mesurés en C14. Les chercheurs peuvent ajuster les résultats obtenus pour des échantillons de la même région ou du même type grâce à ce point de référence, en prenant en compte les variations locales de l’âge réservoir.

Un autre référentiel clé dans ce processus de calibration est la base de données Marine 2020 Réservoir Database. Cette ressource compile des données sur les âges réservoirs observés à travers le monde et fournit des facteurs correctifs spécifiques à différentes localisations géographiques. Les scientifiques peuvent ainsi croiser les données de l’échantillon étudié avec les informations de cette base de données, afin d’appliquer une correction adaptée, en tenant compte des particularités environnementales et géographiques de la zone concernée. Cette approche permet d’affiner les datations et de réduire les marges d’erreur associées à l’effet réservoir.

Utilisation de la spectrométrie de masse à rapports isotopiques (IRMS)

La spectrométrie de masse à rapports isotopiques (IRMS) est une technique avancée utilisée pour analyser les isotopes stables du carbone et de l’azote dans les échantillons. Cette technique est particulièrement utile afin de différencier les sources de matière organique, en identifiant si un échantillon provient d’un milieu terrestre ou marin. L’analyse isotopique détermine donc si une correction de l’effet réservoir doit être appliquée ou non.

En utilisant l’IRMS, les laboratoires de datation archéologique peuvent également affiner les corrections nécessaires. Par exemple, les isotopes stables du carbone permettent de détecter les signatures isotopiques spécifiques des différentes sources de carbone, comme celles provenant de la photosynthèse marine ou terrestre. Ce procédé est essentiel pour les échantillons dont l’origine est incertaine comme les objets sculptés dans des matériaux organiques d’origine mixte ou d’origine indéterminée. Les chercheurs peuvent appliquer des corrections plus précises, réduisant ainsi les incertitudes liées à l’effet réservoir grâce à cette meilleure connaissance de la composition isotopique de ces échantillons.

Perspective pour l’effet réservoir

Modèles géochimiques et estimation des âges réservoir

Une autre méthode d’analyse prometteuse permettant d’améliorer les estimations d’âge des échantillons marins consiste à utiliser des modèles géochimiques avancés. Ces modèles intègrent des données sur la circulation océanique, les échanges atmosphériques, et les variations spatiales et temporelles des concentrations de carbone 14 dans les océans. Ces modèles permettent de calculer des âges réservoir spécifiques à une région, ajustés pour des variables comme la latitude, la profondeur, et les courants marins en tenant compte des dynamiques complexes en océanographie. 

Le recours aux modèles géochimiques offre une précision accrue dans l’estimation des âges réservoir grâce à la modélisation des processus physiques et chimiques qui influencent la distribution du carbone 14 dans les océans. Ceux-ci prennent en compte des éléments tels que la dissolution des carbonates, la circulation des masses d’eau profonde et les interactions entre l’océan et l’atmosphère. Les chercheurs obtiennent des estimations plus fiables de l’âge des échantillons marins en appliquant ces modèles, même dans des environnements complexes comme les estuaires et les deltas.

La datation au carbone 14 des organismes marins est donc un domaine complexe mais pourtant essentiel en archéologie. Il nécessite de recourir à des méthodes précises afin de corriger les effets du réservoir. Alors que des limites persistent, les avancées technologiques et méthodologiques permettent d’améliorer continuellement la précision de ces datations.

Les scientifiques des laboratoires CIRAM proposent ce type d’analyse et sont à votre disposition pour vous guider dans vos problématiques de datation. Si vous souhaitez réaliser une datation, vous pouvez demander une étude pour bénéficier de notre expertise et obtenir des réponses précises à vos questions archéologiques.

Pourquoi le C14 pour la datation des ossements ?

La datation carbone 14, ou radiocarbone, est la méthode de datation la plus connue du grand public, mais elle est surtout la technique la plus pertinente pour dater les matériaux organiques, et en particulier les ossements. La datation carbone 14 a été mise au point dans les années 1940 et elle est basée, comme la plupart des méthodes de datation, sur la radioactivité.

La quantité de carbone est stable pour les êtres vivants, car d’un côté le carbone 14 se désintègre, mais d’un autre côté, il est réintégré par la respiration ou la photosynthèse. C’est pourquoi la datation C14 va dater la mort de l’individu ou du végétal et la quantité restante de C14 permettra d’évaluer la date de la mort.

Extraction du collagène et datation

Les os sont de très bons repères chronologiques dans une fouille archéologique, car ils sont étroitement liés à la stratigraphie dans laquelle ils se trouvent. Un ossement est composé d’une partie minérale, la bioapatite, et d’une partie organique, le collagène. C’est le collagène qui est la fraction la plus appropriée et normalement utilisée pour la datation au radiocarbone.

L’étape préalable à la datation sera donc l’extraction du collagène. Dans ce but, ils sont traités à l’acide chlorhydrique (HCl, 1 M) à froid pendant 24 h, afin d’éliminer toutes contaminations de surface et de détériorer partiellement la partie minérale de l’os, rendant ainsi l’extraction du collagène plus efficace. Les échantillons sont ensuite traités à l’hydroxyde de sodium (0,1 M) à température ambiante et une nouvelle fois traités à l’acide chlorhydrique à froid, pour éviter l’absorption du dioxyde de carbone atmosphérique. Après avoir été lavés à l’eau déminéralisée, les échantillons sont portés à ébullition pour dissoudre, puis récupérer le collagène.

Le collagène ainsi extrait subi une combustion à 920°C et est transformé en gaz. Durant cette étape, une première vérification du rapport C/N est effectuée à l’aide d’un analyseur élémentaire (Elementar Vario ISOTOPE Select). Cette étape est primordiale, car elle constitue un contrôle qualité.
En effet, la valeur du rapport C/N entre 2,9 et 3,6 indique que le calogène est bien conservé et qu’il fournira une datation fiable. Si le rapport C/N est en dehors de cet intervalle, la datation C14 du collagène ne sera pas réalisée. Il faudra dans ce cas utiliser la partie minérale de l’os et dater la bioapatite.

Ensuite, l’analyse des isotopes stables du carbone et de l’azote sera réalisée par IRMS. Ces valeurs donneront des informations sur le régime alimentaire des individus. Parallèlement, le dioxyde de carbone de la combustion est séparé des autres résidus à l’aide d’un piège zéolite. Puis, ce dioxyde de carbone est transformé en graphite à l’aide d’un système automatisé (AGE 3, Ion Plus) par catalyse.

Datation C14 et calibration

Afin de valider nos protocoles analytiques, il est indispensable de vérifier au préalable la précision de nos mesures, ainsi que leur reproductibilité. Pour cela, nous analysons des standards internationaux dont les valeurs sont connues et reconnues. Ces valeurs nous permettent d’évaluer nos incertitudes, environ 0,5 pMC, et 0,1à 0.2‰ pour δ¹³C et δ¹5N. La vérification en temps réel des valeurs mesurées pour les standards permet d’identifier et de résoudre les éventuels problèmes liés à une pollution, à la graphitisation et aux mesures.

Enfin, les différents isotopes du carbone sont séparés par spectrométrie de masse avec un accélérateur (AMS). Puis, la concentration en 14C est déterminée en comparant simultanément les mesures de 14C, 13C et 12C avec celles contenues dans des standards internationaux (acide oxalique, CO2 standard, charbon). L’âge carbone 14 conventionnel a été calculé selon la méthode décrite par Stuiver et Polach. Il prend en compte la correction du fractionnement isotopique.

La calibration des résultats est réalisée en utilisant le logiciel OxCal v4.4. La mesure effectuée est exprimée de deux différentes manières : part of Modern Carbon (ou pMC) et âge conventionnel. L’âge conventionnel est exprimé en années avant 1950 (BP signifiant before present ou avant 1950), qui est l’année de référence. L’âge est exprimé à un écart-type. Les intervalles de datation reflètent une distribution à deux sigmas, c’est-à-dire 95,4 % de l’ensemble des solutions. L’événement daté peut se retrouver dans n’importe quel intervalle, sans tenir compte de la distribution de probabilité, donnée à titre indicatif.

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