Plan de l’article
- Peut-on dater un tableau au carbone 14 ?
- Quels matériaux d’un tableau peuvent être datés ?
- Pourquoi la datation carbone 14 ne suffit-elle pas pour authentifier un tableau ?
- L’approche anthropologique et historique pour compléter les résultats
- Comment se déroule la datation d’un tableau ?
- Les principes de la datation carbone 14
- La variation du carbone 14 dans le temps, une donnée importante à prendre en compte
- Quelques exemples de tableaux datés et authentifiés par le carbone 14
Peut-on dater un tableau au carbone 14 ?
La réponse est oui, mais partiellement. On ne peut dater que les matériaux organiques qui le composent, comme la toile, le bois ou le papier. On ne peut pas dater les pigments et parfois difficilement le vernis.
En résumé :
- Le carbone 14 date les matériaux organiques qui composent le tableau et la thermoluminescence les matériaux qui ont été chauffés. Les pigments ne peuvent donc pas être datés par ces méthodes.
- La datation doit être complétée par l’analyse des matériaux, l’imagerie scientifique et l’expertise historique.
- Le croisement de ces méthodes permet d’authentifier les œuvres et de révéler les contrefaçons.
L’approche scientifique par matériaux est transchronologique. Cette méthode constitue une étape essentielle de l’authentification, mais elle doit être complétée par d’autres analyses scientifiques. Il existe deux méthodes de datation utilisées par les laboratoires CIRAM :
- Le Carbone 14, réservé aux matériaux organiques : bois, papier, ivoire, os, cuir, textile
- La Thermoluminescence, dédiée à la terre cuite et aux matériaux chauffés.
Quels matériaux d’un tableau peuvent être datés ?
Tous les matériaux constituant un tableau ne peuvent pas être datés par le carbone 14, comme le présente le tableau ci-dessous :
| Matériau composant le tableau : | Datation par carbone 14 : |
| Toile (lin, chanvre…) | Oui |
| Bois | Oui |
| Papier | Oui |
| Carton | Oui |
| Ivoire | Oui |
| Vernis | Oui : s’ils sont naturels et contiennent de la matière organique Non : s’ils sont d’origine synthétique ou minérale |
Pigments | Non |
Pourquoi la datation carbone 14 ne suffit-elle pas pour authentifier un tableau ?
Attention, la datation du support d’une œuvre ne correspond pas automatiquement à la date de création de l’œuvre.
Pour l’étude des œuvres peintes, plusieurs types d’imagerie, en lumière naturelle, éclairage rasant, sous éclairage ultraviolet (UV) ou réflectographie infrarouge (IR) viennent compléter les techniques de datation conventionnelles. Toutefois, un problème demeure : comment analyser les matériaux qui ne sont pas datables, comme les pigments utilisés en peinture ?
L’approche anthropologique et historique pour compléter les résultats
C’est la connaissance historique des techniques de fabrication des pigments qui fournira des données chronologiques : l’utilisation de l’oxyde de chrome comme pigment vert à partir de 1840 par exemple ou la fabrication du blanc de titane (oxyde de titane) qui débute dans les années 1920. Ces investigations connaissent également des limites : les pigments naturels n’apportent aucune information chronologique réelle, on peut citer le cas de l’ocre qui a été employé pour les peintures pariétales de Lascaux !
Comment se déroule la datation d’un tableau ?
La datation d’un tableau débute par l’identification des matériaux qui le composent afin de déterminer lesquels peuvent être analysés. Un prélèvement très limité est ensuite réalisé sur un matériau organique, comme la toile, le bois ou le papier. Après mesure du carbone 14 et calibration des résultats, les données obtenues sont interprétées en les confrontant aux analyses des pigments, à l’imagerie scientifique et aux connaissances historiques.
Les principes de la datation carbone 14
La datation au carbone 14 mesure le temps écoulé depuis la mort d’un organisme vivant. De même que la mort interrompt la vie humaine, la vie d’une plante s’arrête lorsqu’elle est récoltée. Pour un tableau, cela correspond ainsi au moment où le lin ou le chanvre utilisé pour fabriquer la toile a été récolté ou à l’abattage de l’arbre ayant servi pour le support ou pour l’encadrement.
Les fondements de la datation Carbone 14 reposent sur l’instabilité de l’isotope 14 du carbone. Un organisme vivant contient une quantité constante de carbone 14, du fait des échanges avec l’atmosphère (respiration ou photosynthèse). À la mort de l’organisme, les échanges avec l’extérieur cessent et la quantité de carbone 14 diminue alors selon une loi exponentielle connue. Sa concentration est divisée par deux tous les 5730 ans. La limite de datation est aux environs de 60 000 ans. Au-delà, la quantité de carbone 14 est alors trop faible pour être mesurée par les techniques actuelles.
Cette technique révolutionnaire a valu à son inventeur, Willard Frank Libby, le prix Nobel de Chimie en 1960.
La variation du carbone 14 dans le temps, une donnée importante à prendre en compte
Les datations carbone 14 sont exprimées en années « Before Present » ou « BP ». Le « présent » du carbone 14 a été fixé à 1950 par Libby. Aujourd’hui, il est toutefois nécessaire de corriger ces valeurs, car la concentration en carbone 14 a varié au cours du temps, en fonction de l’activité solaire, des changements climatiques, ou de l’activité industrielle par exemple. On parle de résultats calibrés à l’aide de courbes de calibration. Ces courbes permettent de transformer l’âge BP en intervalles de dates calibrées associés à un pourcentage de probabilité (par exemple 450 ± 25 ans BP correspond après calibration à l’intervalle 1422 – 1471 après JC – probabilité de 95,4 %).
Le début de l’activité industrielle a, quant à elle, provoqué la diminution du taux de Carbone 14 et imposé des limites à la précision des mesures. A contrario, les essais nucléaires atmosphériques ont entraîné, à l’échelle mondiale, une élévation artificielle des taux de Carbone 14. Ceci permet d’obtenir des datations très précises (jusqu’à un à deux ans) pour la seconde moitié du 20e siècle.
Quelques exemples de tableaux datés et authentifiés par le carbone 14
Les exemples suivants illustrent comment la datation carbone 14 permet de mettre en évidence des incohérences chronologiques, mais aussi pourquoi elle doit toujours être confrontée à d’autres analyses scientifiques.
Dans l’histoire de l’art, les cas de falsifications sont courants et c’est souvent grâce à une analyse complète que l’on a décelé des incohérences. En voici deux exemples :
- Un tableau d’un peintre suprématiste russe, daté de 1920, a vu son support de toile daté en définitive post 1954.
- Une composition de Picasso pour laquelle on proposait une datation au début du 20e siècle a révélé, après datation du support papier, que la fabrication du papier était antérieure à 1954, donc incompatible avec l’époque présumée.
De manière générale, il est beaucoup plus facile de prouver qu’un tableau est faux, plutôt que d’établir son authenticité :
- La datation d’un tableau attribué à Van Gogh a été conduite en deux temps. La datation du support tendait à une date compatible avec l’activité du peintre, à la fin du 19e siècle. L’analyse des pigments conduisit à une conclusion similaire, puisque les pigments détectés étaient connus au 19e et avaient été mis en évidence sur d’autres œuvres de Van Gogh. On citera par exemple un rouge vermillon, un vert d’arséniate de cuivre, un blanc de zinc, ou de l’ocre. Toutefois, ces pigments étaient connus et utilisés par tous les peintres à la même époque, et aujourd’hui encore. Le comité Van Gogh, composé d’historiens de l’art, eut à trancher pour une œuvre originale.
- À l’inverse, l’analyse d’un parchemin enluminé du 14e siècle confirma la datation du support. Les pigments quant à eux se révélèrent modernes… Il s’agissait d’une copie « intelligente » antérieure à 1950…sur un papier ancien. Il est donc indispensable de coupler les techniques d’analyse pour détecter les faux.
La datation carbone 14 constitue un outil majeur pour l’étude et l’authentification des tableaux, mais elle ne permet pas, à elle seule, d’établir l’authenticité d’une œuvre. Seule une approche pluridisciplinaire, associant datation au carbone 14, analyses chimiques des matériaux, imagerie scientifique et expertise historico-artistique, permet d’obtenir une interprétation fiable des résultats.
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Vous vous posez peut-être ces questions sur la datation des tableaux ?
Non. La datation au carbone 14 ne s’applique qu’aux matériaux d’origine organique. Les pigments minéraux et la plupart des vernis ne peuvent pas être datés par cette méthode. La faisabilité de la datation dépend donc des matériaux constitutifs de l’œuvre.
La précision dépend de plusieurs facteurs : la nature et l’état de conservation de l’échantillon, sa période de fabrication et les variations naturelles du carbone 14 dans l’atmosphère. Les résultats sont exprimés sous forme d’intervalles de dates calibrées associés à une probabilité statistique. Pour les matériaux contemporains de la seconde moitié du XXᵉ siècle, la méthode dite du « bomb peak » permet parfois d’obtenir une précision de l’ordre d’un à deux ans.
La plupart des pigments utilisés en peinture sont d’origine minérale (ocre, azurite, vermillon, blanc de titane, etc.) et ne contiennent donc pas de carbone organique mesurable par la méthode du carbone 14. Ils ne peuvent pas être datés directement. En revanche, leur composition chimique constitue un excellent marqueur chronologique : certains pigments n’ont été fabriqués ou utilisés qu’à partir d’une période donnée et permettent ainsi de vérifier la cohérence d’une attribution.
Oui, dans de nombreux cas. Si la datation d’une toile, d’un papier ou d’un support en bois est incompatible avec la date supposée de création de l’œuvre, l’hypothèse d’une contrefaçon peut être démontrée. En revanche, une datation compatible ne prouve pas à elle seule l’authenticité d’un tableau. Les résultats doivent être confrontés à l’analyse des pigments, à l’imagerie scientifique et à l’expertise historique.
La datation consiste à déterminer l’âge d’un ou plusieurs matériaux composant le tableau, comme la toile, le bois ou le papier. L’authentification est une démarche beaucoup plus globale. Elle repose sur le croisement de plusieurs approches : datation, analyses des matériaux, imagerie scientifique, étude de la provenance, examen stylistique et expertise en histoire de l’art. Une datation constitue donc un élément essentiel de l’authentification, mais ne peut suffire à elle seule.
La méthode du carbone 14 permet de dater des matériaux organiques jusqu’à environ 60 000 ans. Cette limite est largement supérieure à l’âge des œuvres peintes conservées aujourd’hui. En pratique, la méthode est particulièrement adaptée à l’étude des tableaux anciens réalisés sur toile, bois ou papier, depuis les périodes médiévales jusqu’aux œuvres contemporaines, sous réserve que les matériaux organiques soient suffisamment conservés pour être analysés.
Oui, la datation au carbone 14 nécessite un prélèvement de matière. Celui-ci est toutefois extrêmement réduit, et réalisé dans une zone discrète de l’œuvre afin de limiter son impact. Avant toute intervention, le laboratoire définit avec le propriétaire ou le conservateur la stratégie d’échantillonnage la plus adaptée.
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