Egyptian sarcophagus with mummy

Comment dater une momie avec le carbone 14 ?

Comment dater une momie avec le carbone 14 ?

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La datation des momies est une analyse essentielle qui permet aux archéologues de reconstituer avec précision l’histoire des civilisations anciennes. Parmi les diverses méthodes de datation archéologique, l’analyse au carbone 14 s’impose comme un outil incontournable pour les chercheurs. Cependant, son application aux momies soulève bien souvent des défis méthodologiques tels que la sélection des échantillons, les risques de contamination, les limites chronologiques et les corrections nécessaires pour s’en prémunir.

Dans cet article, nous explorons en détail le processus de datation radiocarbone : ses spécificités appliquées aux momies égyptiennes et andines mais aussi les solutions scientifiques à notre disposition qui permettent d’optimiser la précision de la datation au carbone 14 des momies.

En résumé :

  • Le carbone 14 permet de dater les matières organiques présentes sur les momies (cheveux, os, tissus, bandages…).
  • La fiabilité dépend avant tout du choix de l’échantillon et de l’élimination des contaminations. Néanmoins, les analyses AMS et les étapes de calibration permettent d’obtenir des datations très précises.
  • Les résultats doivent toujours être interprétés avec le contexte archéologique.

Spécificités de la datation des momies par le carbone 14

La datation au carbone 14 est une méthode d’analyse incontournable pour aider les archéologues à établir la chronologie des momies. Cependant les archéologues ont besoin de garantir des résultats fiables et plusieurs problématiques techniques et méthodologiques s’imposent à eux. Parmi ceux-ci, la sélection des échantillons, la contamination et les biais isotopiques sont des défis à surmonter.

Nature des échantillons analysables

Pour dater une momie au carbone 14, les chercheurs doivent prélever des matériaux organiques présents. Les principaux échantillons à leur disposition sont :

  • Les tissus biologiques momifiés : peau, cheveux, tendons ou os.
  • Les bandages de momies : souvent constitués de lin, une matière organique directement exploitable pour l’analyse.
  • Les résidus biologiques : fluides séchés, pigments appliqués sur le corps ou résines d’embaumement. Leur usage peut cependant poser problème pour la datation comme nous le verrons plus tard.

Les cheveux des momies constituent un matériau particulièrement intéressant dans le cadre d’une datation au carbone 14 en raison de leur résistance à la dégradation. Une étude a démontré qu’un protocole spécifique permettait d’extraire la kératine du cortex capillaire et ne nécessitait qu’une vingtaine de milligrammes d’échantillon, ce qui minimise l’impact sur l’intégrité de la momie tout en fournissant des dates précises. Cette technique est particulièrement adaptée aux momies conservées dans des musées. 

Pourquoi les momies sont-elles plus difficiles à dater ?

Bien que les échantillons analysables soient variés sur une momie, plusieurs facteurs compliquent la datation carbone 14 :

  • Contamination moderne : l’exposition à des conservateurs récents (vernis, résines, bitume) peut fausser la mesure du ratio ¹⁴C/¹²C.
  • Environnement de conservation : le développement de micro-organismes pourrait rajeunir artificiellement la datation, s’ils ne sont pas strictement éliminés.
  • Vieillissement des matières organiques : la mauvaise conservation pourrait empêcher de récolter suffisamment de matière pour réaliser une datation précise.

Une étude menée sur la momie dorée de Dunkerque a démontré que la sélection des échantillons et leur prétraitement chimique étaient cruciaux afin de garantir la fiabilité des résultats. Le processus d’extraction sélective de la kératine des cheveux a ainsi permis d’éliminer les matières exogènes et d’obtenir une datation fiable.

Comment se déroule la datation d’une momie ?

La fiabilité d’une datation de momie au carbone 14 repose sur un protocole rigoureux d’échantillonnage, de préparation et d’analyse en laboratoire. Chaque étape vise à éliminer les biais possibles et garantir une précision optimale malgré les défis inhérents aux matériaux anciens. 

Préparation et extraction des échantillons

La datation au carbone 14 nécessite de préparer méticuleusement des échantillons. Ce qui implique plusieurs étapes cruciales :

  • Nettoyage mécanique et chimique : on parle ici des techniques de prétraitement chimique (méthode ABA : acide-base-acide) pour éliminer les contaminants modernes.
  • Sélection des fractions les plus fiables : les cheveux momifiés sont privilégiés car ils offrent une meilleure résistance aux altérations environnementales.
  • Filtrage isotopique : l’analyse des rapports isotopiques du carbone permet de détecter d’éventuelles anomalies.

Analyse en laboratoire

L’analyse du C14 repose sur des étapes précises réalisées en laboratoire pour garantir des résultats fiables et scientifiquement robustes :

  • Mesure du ratio ¹⁴C/¹²C : la spectrométrie de masse par accélérateur (AMS) permet d’analyser des échantillons très petits.
  • Contrôle des biais isotopiques : sont des ajustements pour tenir compte du fractionnement isotopique naturel.
  • Calibration des résultats : est basé sur les courbes de calibration IntCal 20 ou SH Cal20, essentielles pour corriger les fluctuations historiques du carbone 14.

Exemples de datation de momies

Momies égyptiennes : datation des bandages funéraires

Les bandages en lin qui enrobent les momies égyptiennes, offrent une excellente fiabilité pour la datation au carbone 14. Une étude réalisée sur des momies du Nouvel Empire a permis de confirmer leur appartenance à la XVIIIᵉ dynastie grâce à la spectrométrie de masse par accélérateur (AMS). Cette technique permet en effet d’analyser des échantillons très petits, minimisant ainsi l’impact sur l’intégrité de la momie.

L’étude des textiles funéraires, réalisée notamment à El Deir en Égypte, a ouvert de nouvelles perspectives pour la datation des momies. Les chercheurs ont ainsi pu identifier différents types de textiles, y compris des bandelettes en lin neuves et des tissus issus du quotidien. Cette approche, à l’aide d’un matériau de référence, permet non seulement de dater les momies, mais également d’obtenir des informations sur les pratiques funéraires et le statut social des défunts.

Un exemple remarquable est celui de la momie de Nesi-Khons, ayant été datée entre le 4ᵉ et le 1ᵉʳ siècles avant notre ère. Les bandelettes de cette momie contenaient non seulement un texte étrusque en lin, mais également un papyrus du Livre des morts égyptien, offrant ainsi une opportunité unique de croiser les données textuelles et la datation au carbone 14.

Momies andines : défis liés à l’environnement

Une étude récente sur des momies découvertes dans les Andes argentines a eu recours à une approche innovante : les chercheurs ont réalisé une contre-datation en datant les lentes de poux trouvées sur les cheveux des momies. Cette méthode a permis d’estimer l’âge de ces momies entre 1300 et 2300 ans, tout en fournissant des informations génétiques précieuses sur les individus momifiés.

Cas complexes : les momies contaminées

Certaines momies ont été traitées au cours du XIXᵉ siècle avec des substances modernes. Pour contrer ces contaminations et réaliser une datation fiable, les scientifiques doivent procéder à un nettoyage poussé des échantillons avant analyse afin d’obtenir des résultats exploitables. Le cas de la momie de Ramsès II illustre parfaitement cette problématique de contamination.

Momies naturelles : défis et opportunités

Les momies naturelles, des corps formés dans des conditions environnementales particulières qui en assurent la préservation, présentent des défis uniques pour la datation. 

Par exemple, les corps préservés dans le pergélisol ou la tourbe peuvent avoir absorbé du carbone ancien ce qui fausse les résultats de la datation au carbone 14. Dans ces cas précis, les scientifiques combinent plusieurs méthodes au-delà de la datation au C14, comme l’analyse des pollens ou du bois, afin d’obtenir des datations fiables.

Le carbone 14 constitue aujourd’hui la méthode de référence pour dater les momies. Grâce à des protocoles de préparation rigoureux et à la spectrométrie de masse par accélérateur (AMS), il est possible d’obtenir des datations précises sur différents matériaux organiques, tout en limitant les risques de contamination. Associés aux données issues des fouilles, ces résultats permettent de mieux comprendre les pratiques funéraires, les conditions de conservation et l’histoire des civilisations anciennes. Le laboratoire CIRAM met en œuvre ces méthodes afin d’accompagner les projets de recherche et les études archéologiques portant sur les restes humains anciens.

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Vous vous posez peut-être ces questions sur les momies ?

Pourquoi privilégier les bandelettes de lin ?

Les bandelettes funéraires, fabriquées à partir de fibres végétales riches en carbone organique, offrent un matériau particulièrement adapté à la datation au carbone 14. Les chercheurs peuvent les analyser lorsqu’ils établissent leur lien direct avec la momie étudiée. Cette approche permet d’obtenir une datation fiable tout en limitant les prélèvements sur les tissus humains.

Jusqu’à quel âge peut-on dater une momie au carbone 14 ?

Le carbone 14 permet de dater des matières organiques âgées d’environ 50 000 ans au maximum. Les momies égyptiennes, andines ou naturelles entrent largement dans cette plage chronologique. Au-delà, la quantité de carbone 14 résiduelle devient trop faible pour fournir une datation fiable.

Pourquoi dater une momie si son origine est déjà connue ?

Les informations historiques ou les inscriptions peuvent parfois être incomplètes, imprécises ou avoir été mal interprétées. La datation au carbone 14 permet de vérifier ces hypothèses, de confirmer une attribution chronologique ou de mettre en évidence un remploi de matériaux funéraires.

Le carbone 14 permet-il de connaître la cause de la mort d’une momie ?

Non. La datation indique uniquement l’âge du matériau analysé. Pour comprendre les causes du décès, les chercheurs utilisent d’autres techniques, comme le scanner, la radiographie, les analyses ADN ou les études paléopathologiques.

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