Ancient statue made of gold

Authentification des objets en or

Les analyses scientifiques généralement utilisées pour l’étude des ors répondent particulièrement à des problématiques de provenance des matériaux et des recherches sur les techniques de fabrication. Mais le marché de l’art a besoin d’aller au-delà de ces résultats. Nous devons utiliser ces outils analytiques pour se prononcer sur l’ancienneté ou la modernité des alliages d’or.

L’approche analytique de CIRAM pour l’authentification des objets en or.

CIRAM a développé une méthodologie dédiée à l’authentification des objets en or utilisant la microscopie optique et la microscopie électronique. Ce protocole analytique est basé sur une approche multicritère qui associe un examen de surface pour observer les traces d’outils et les figures de corrosion, pour définir la nature des dépôts superficiels et déceler d’éventuels traitements chimiques anciens ou modernes. Parallèlement, on analysera la composition chimique de l’or par ICP-AES (Inductively coupled plasma atomic emission spectroscopy) en quantifiant les concentrations en éléments majeurs et mineurs (jusqu’à 0,1%) et en éléments traces ou impuretés (concentration inférieure à 0,1% ou 1000 ppm – partie par million). Il est important de rappeler que 1 ppm = 1 mg/kg.

L’examen des traces d’outils et les techniques de polissage

L’examen des traces d’outils constitue un des marqueurs techniques de la fabrication de l’objet et des techniques de polissage employées. Des stries hétérogènes et multidirectionnelles proviendront de l’utilisation d’outils manuels, quand des outils mécaniques et modernes entraineront des faisceaux de stries fines et parallèles.

L’importance de l’analyse des dépôts superficiels

L’analyse des dépôts superficiels d’origine sédimentaire ou correspondant à des produits de corrosion sera une étape importante dans l’établissement du diagnostic d’ancienneté. En effet, la présence de microparticules de chlorure d’argent indiquera une attaque chimique délibérée, afin de simuler l’altération naturelle du matériau. Ou encore, un dépôt superficiel amorphe composé de fer et de chlore correspondra à des résidus d’une solution acide, comme le chlorure ferrique.

Les altérations naturelles des alliages d’or

Si l’observation de la surface de l’or en microscopie électronique révèle des micro-piqûres, des microporosités et des altérations aux joints de grains, cela correspondra alors à des processus naturels de corrosion.

Les marqueurs d’ancienneté et de modernité des ors

La bibliographie indique que les ors anciens » contiennent un cortège d’éléments traces de concentrations significatives, tels que les MGP, les éléments du groupe platine (platine, ruthénium, rhodium, palladium et iridium), mais également du plomb, de l’étain, du bismuth, de l’antimoine, du samarium, de l’arsenic… Ces impuretés proviennent des techniques anciennes d’extraction et d’affinage de l’or qui ne permettaient pas de s’en affranchir totalement. C’est pourquoi, la présence d’éléments traces sera un marqueur d’ancienneté pour les alliages d’or. A contrario, les techniques modernes d’extraction et d’affinage, comme le procédé électrolytique, assurent des ors très purs. La pureté des ors, au sens de l’absence d’impureté et non sa finesse (nombre de carats), sera un indice de modernité, comme la présence de cadmium. A l’instar de l’aluminium et du phosphore pour les bronzes, le cadmium est considéré comme un indice formel de modernité. Car son utilisation en métallurgie n’a débuté qu’au 19e siècle.

Analyse chimique des matériaux d’un tableau

Temps de lecture :

4–7 minutes

Écrit par :

L’analyse chimique d’un tableau consiste à identifier les matériaux qui composent la couche picturale : pigments, liants, vernis ou charges minérales. Ces informations permettent de mieux comprendre les techniques employées, de vérifier la cohérence des matériaux avec l’époque supposée de création et de mettre en évidence certaines restaurations ou contrefaçons.

Utilisée aux côtés de la datation carbone 14 et des différentes techniques d’imagerie scientifique, l’analyse chimique constitue l’une des principales méthodes d’étude des œuvres peintes.

Dans cet article, découvrez comment sont analysés les matériaux d’un tableau, quelles techniques sont utilisées et ce que ces analyses permettent réellement de démontrer.

En résumé :

  • L’analyse chimique identifie les pigments, les liants, les vernis et les charges minérales d’un tableau.
  • Elle permet de vérifier la cohérence des matériaux avec la période supposée de création de l’œuvre.
  • Associée à la datation carbone 14 et aux techniques d’imagerie scientifique, elle contribue à l’authentification des tableaux.
  • Les résultats doivent toujours être interprétés avec les connaissances historiques et artistiques.

Ce que révèle l’analyse chimique d’un tableau

L’analyse chimique ne consiste pas uniquement à identifier les pigments. Elle permet d’étudier l’ensemble des matériaux constituant la couche picturale afin de mieux comprendre la fabrication d’une œuvre, de vérifier la cohérence des matériaux avec son époque et d’identifier d’éventuelles restaurations.

À elle seule, cette analyse ne permet pas toujours de conclure sur l’authenticité d’un tableau. C’est pourquoi elle est généralement associée à la datation carbone 14 des supports et aux différentes techniques d’imagerie scientifique.

Pour mieux comprendre ces approches complémentaires, consultez également nos articles consacrés à la datation carbone 14 des tableaux et aux techniques d’imagerie scientifique.

Quels matériaux peuvent être analysés ?

Les pigments

L’analyse chimique des pigments fournit des informations chronologiques importantes qui viennent compléter la datation du support. Cette étude a été facilitée par la découverte de nombreux pigments de synthèse au 19e et au 20e siècle. Par exemple, la découverte du blanc de lithopone (sulfate de baryum et sulfure de zinc) en 1870 ou celle du vert de phtalocyanine dans les années 1930. L’utilisation de l’oxyde de chrome comme pigment vert à partir de 1840 par exemple ou la fabrication du blanc de titane (oxyde de titane) qui débute dans les années 1920.

Toutefois, ces investigations connaissent également des limites : les pigments naturels n’apportent aucune information chronologique réelle, on peut citer le cas de l’ocre qui a été employé pour les peintures pariétales de Lascaux et qui est toujours largement commercialisé de nos jours.

Les liants

Les liants assurent la cohésion des pigments et leur adhérence au support. Leur identification renseigne sur la technique picturale employée par l’artiste (huile, tempera, cire, etc.) et permet parfois de confirmer la période de réalisation d’une œuvre. Certains liants modernes constituent également un indice de restauration ou de création plus récente.

Les vernis

Les vernis protègent la surface du tableau et modifient son aspect visuel. Leur analyse permet de distinguer les couches d’origine des vernis appliqués lors de restaurations ultérieures. Elle apporte également des informations sur l’état de conservation de l’œuvre et oriente les choix des restaurateurs.

L’analyse chimique est généralement complétée par des techniques d’imagerie. Découvrez notamment comment la radiographie révèle l’histoire cachée d’un tableau.

Les principales méthodes d’analyse utilisées en laboratoire

Selon les matériaux présents et les objectifs de l’étude, plusieurs techniques analytiques peuvent être utilisées :

Technique : Ce qu’elle permet :
Microscopie optiqueObserver les couches picturales
MEB-EDXIdentifier les éléments chimiques
RamanIdentifier les pigments
IRTFIdentifier composés organiques et minéraux
GC-MSIdentifier liants et vernis

La plupart de ces analyses sont réalisées sans altérer l’œuvre. Découvrez pourquoi les analyses non destructives sont privilégiées pour l’étude des œuvres d’art.

Quelques exemples d’analyse de tableaux

Citons en exemple, l’étude d’un tableau attribué à un illustre peintre de la fin du 19e siècle qui a été conduite en deux temps. La datation du support par carbone 14 donnait une date compatible avec l’activité du peintre et l’analyse des pigments a conduit à une conclusion semblable, puisque les pigments détectés étaient connus au 19e et avaient été mis en évidence sur d’autres œuvres de cet artiste. Nous avions entre autres détecté un rouge vermillon, un vert d’arséniate de cuivre, un blanc de zinc, et de l’ocre.

À l’inverse, l’analyse d’une œuvre datée de 1920 a révélé qu’il s’agissait d’un faux. La présence de blanc de titane rutile, fabriqué à partir de la fin des années 1940 était en effet un indice formel de modernité.

Enfin, l’analyse d’un parchemin enluminé du 15e siècle s’est avérée plus complexe, car la datation carbone 14 avait confirmé l’époque du support, mais les pigments se sont révélés modernes (lithopone, blanc de titane, bleu outremer, rouge de cadmium…).  Il s’agissait en réalité d’une copie intelligente » réalisée sur un papier ancien. Il est donc indispensable de coupler les techniques de datation et d’analyse pour détecter les faux.

L’analyse chimique constitue une étape essentielle dans l’étude scientifique des tableaux. En identifiant les pigments, les liants, les vernis et les autres matériaux, elle apporte des informations précieuses sur la fabrication, l’histoire et l’authenticité d’une œuvre. Associée à la datation carbone 14 et aux techniques d’imagerie scientifique, elle permet d’obtenir une vision plus complète des matériaux et contribue à une expertise scientifique fiable.

Partager cet article

Avatar de Richard Cheret

Vous vous posez peut-être ces questions sur l’analyse des matériaux des tableaux ?

Pourquoi analyser les pigments d’un tableau ?

Les pigments peuvent fournir des indications chronologiques précieuses. Certains pigments de synthèse n’ont été commercialisés qu’à partir du XIXᵉ ou du XXᵉ siècle. Leur présence sur une œuvre supposée plus ancienne peut révéler une restauration ou une contrefaçon.

L’analyse chimique permet-elle d’authentifier un tableau ?

À elle seule, non. L’analyse chimique apporte des informations sur les matériaux, mais ses résultats doivent être confrontés à ceux de la datation des supports, des techniques d’imagerie scientifique et de l’expertise historique afin d’établir une conclusion fiable.

Les analyses chimiques nécessitent-elles un prélèvement ?

Certaines analyses nécessitent un micro-prélèvement, réalisé sur une zone discrète de l’œuvre. Sa taille est extrêmement réduite et adaptée aux objectifs de l’étude afin de limiter au maximum son impact sur le tableau.

Besoin d’informations, une question ?

Notre équipe vous répondra dans les plus brefs délais.

Le test de thermoluminescence (test TL) est, avec la datation carbone 14, la technique la plus utilisée pour authentifier des objets d’art par méthode scientifique. Les laboratoires CIRAM couplent la thermoluminescence (test TL) avec l’imagerie X par scanner afin de déceler les faux des œuvres d’art authentiques. Retour sur les méthodes utilisées par les laboratoires CIRAM.

Des méthodes complémentaires pour authentifier les œuvres en terre cuite

L’évolution des techniques des faussaires, en lien avec leur compréhension croissante des techniques analytiques d’authentification, rend de plus en plus la thermoluminescence ou le carbone 14 nécessaires, mais insuffisants. Ces méthodes de datation constituent une première évaluation chronologique de l’ancienneté du matériau. Mais il arrive de plus en plus fréquemment que les faussaires utilisent des matériaux anciens, qu’ils remettent ensuite en forme afin de fabriquer des faux.

Heureusement, CIRAM affine l’authentification de vos œuvres d’art en ajoutant des analyses complémentaires comme l’imagerie X par scanner.

Exemple de nouveaux faux et méthodes pour les déceler

Les tests de thermoluminescence réalisés sur plusieurs prélèvements de cette tête semblaient indiquer une cuisson du matériau il y a environ 1000 ans. Cependant, si les résultats obtenus sur les différents prélèvements concordaient, leurs caractéristiques étaient suffisamment hétérogènes pour induire une suspicion. Grâce à la vision en 3 dimensions générée par l’imagerie scanner, on repère que cette tête est constituée d’un agglomérat de tessons de terre cuite ancienne retaillés et assemblés avec de l’argile moderne. Le visage a été surmodelé par-dessus les tessons. Cet objet rentre dans la catégorie des « faux intelligents ». Il s’agit d’utiliser des matériaux anciens, afin de leurrer les tests de thermoluminescence. Dans ce cas, seul le couplage de différentes méthodes permet de déceler les contrefaçons de nouvelle génération.

Les faussaires, lisant davantage de publications scientifiques que l’on pourrait imaginer, ont fort malheureusement sophistiqué leurs méthodes. Conscients que l’étude de la corrosion devenait un facteur prépondérant dans l’analyse d’une œuvre, certains se sont employés à créer des faux mêlant des morceaux anciens et des parties modernes.

Conscients de cette nouvelle tendance, les laboratoires CIRAM couplent les méthodes pour affiner les analyses et repérer ainsi les nouveaux faux intelligents.

Sur le cliché de radiographie de rayons X ci-dessous, on repère la partie ancienne dans le bas et la partie moderne constituée de petites plaques métalliques assemblées à l’aide d’une colle ou d’une résine.

Art object examined using X-ray imaging

Pour identifier ces montages, il est nécessaire de radiographier les objets, afin de pouvoir préciser s’ils ont été seulement restaurés ou s’ils résultent d’un assemblage moderne. Cette fois encore, on note que la complémentarité des méthodes reste la meilleure des stratégies analytiques discriminantes.

Des analyses complémentaires pour déceler les œuvres de nouveaux faux

Grâce aux données factuelles issues de l’analyse physico-chimique, à la corrélation avec le savoir accumulé sur l’évolution des formes et aux techniques permettant de nourrir la quête d’authenticité, il est possible d’authentifier une œuvre en terre cuite.

Pour déposer un diagnostic précis, nos scientifiques proposent toujours une conjonction d’un faisceau d’indices tout en étant conscients des limites de chacune des approches. Si la certitude est l’objectif absolu de l’authentification, elle n’est que rarement atteignable. Cependant, la détection d’un faux sera toujours plus évidente que la certitude d’un objet authentique. Mais grâce à notre expertise et notre savoir-faire, le résultat restera toujours fiable, objectif et pertinent.

Comme pour les roches ou le métal, il n’existe pas de méthode de datation du verre, ou de l’émail à proprement parler. Mais l’approche multicritères et pluridisciplinaires des laboratoires CIRAM permet de se prononcer sur l’ancienneté de vos objets en verre.

Un protocole analytique précis pour l’étude des objets en verre

Pour l’étude des objets d’art, le premier type de marqueurs, et le plus évident, est la composition chimique du matériau. Dans un second temps, les laboratoires CIRAM observent le passage du temps et l’altération induite. La composition des matériaux doit correspondre aux techniques de fabrication de l’époque. Pour l’altération, la dégradation des matériaux doit être d’origine naturelle.

La composition chimique du verre, le premier marqueur décisif

La composition chimique du verre ou de l’émail est une source précieuse d’informations chronologiques : vitrifiant, stabilisants, fondants, ou encore pigments, les résultats apportent déjà de précieuses informations.

La composition d’un verre, d’un émail ou d’une glaçure pourra être significative d’une époque ou d’une civilisation. Par exemple, les concentrations en plomb et en potassium indiqueront si la technique verrière correspond au Moyen-âge ou à la Renaissance. La nature des pigments permet d’identifier une production moderne le cas échéant. Le cadmium ou le chrome dateront les verres ou vitraux des 19e ou 20e siècle.

Nos scientifiques analysent la nature chimique du verre et les éléments chromogènes présents pour apporter déjà des données objectives que nos équipes de laboratoire interprètent pour se prononcer sur l’ancienneté des objets en verre.

L’analyse de l’altération du verre, une étape cruciale

La partie la plus importante de l’examen d’un objet en verre est l’analyse de son altération. Un objet en verre, vieux de plusieurs centaines ou milliers d’années, aura subi une altération environnementale importante, due à l’humidité, aux variations de température et aux développements de micro-organismes. Le degré d’altération donne des indices chronologiques (ancienneté ou modernité). L’altération du verre dépend de son environnement de conservation, mais aussi de sa composition. Si les conditions sont très alcalines, alors, la silice contenue dans le verre peut être progressivement dissoute, laissant une surface émoussée. Dans des conditions plus neutres, légèrement alcalines ou acides, la corrosion du verre se caractérise par l’élimination progressive des ions alcalins (lixiviation), sodium et potassium, ainsi que de certains ions alcalino-terreux (notamment le calcium). Ils sont remplacés par de l’eau et des ions hydroxydes, OH-. Ces processus induiront à la surface un aspect de peau d’oignon (multicouches feuilletées), qui peut apparaître irisée en raison de la diffraction de la lumière par cette microstructure.

Détecter une falsification grâce à la présence de fluor

A contrario, si l’on détecte du fluor dans les zones altérées, nous serons en présence d’une altération artificielle et moderne, c’est-à-dire incompatible avec une période ancienne. En effet, la présence de fluor est totalement anormale dans un contexte d’enfouissement naturel ou dans le processus de vieillissement naturel d’un verre. Le fluor n’est pas présent dans les eaux souterraines naturelles, car il réagit fortement avec le calcium pour constituer des minéraux insolubles. Le calcium étant l’un des éléments les plus abondants dans les sols, la possibilité d’observer certains ions de fluor solubles est extrêmement limitée. Ainsi, le fluor ne peut pas provenir d’une pollution de l’environnement de l’objet.

La présence de fluor est très problématique, car elle indique que l’objet a été artificiellement altéré avec de l’acide fluorhydrique ou avec un composé riche en fluor, afin de simuler le vieillissement du verre. Cet acide est le seul capable de dissoudre le verre. Il ne peut donc pas être utilisé à des fins de nettoyage ou de restauration. En conséquence, la présence de fluor associée aux zones « altérées » du verre constitue un indice formel de modernité.

La micro-analyse pour discerner une falsification ou une œuvre originale

La micro-analyse reste méconnue, car elle ne fournit pas d’indicateurs chronologiques directs, comme la datation carbone 14 par exemple. Cependant, cette technique est l’outil le plus adapté à la discrimination entre faux et authentique, notamment pour les verres et les émaux qui ne se prêtent pas aux méthodes de datation directe. Il est important de combiner toutes les informations pour authentifier un objet en verre ou en émail.

Datation carbone 14 des tableaux

Temps de lecture :

7–11 minutes

Écrit par :

Peut-on dater un tableau au carbone 14 ?

La réponse est oui, mais partiellement. On ne peut dater que les matériaux organiques qui le composent, comme la toile, le bois ou le papier. On ne peut pas dater les pigments et parfois difficilement le vernis.

En résumé :

  • Le carbone 14 date les matériaux organiques qui composent le tableau et la thermoluminescence les matériaux qui ont été chauffés. Les pigments ne peuvent donc pas être datés par ces méthodes.
  • La datation doit être complétée par l’analyse des matériaux, l’imagerie scientifique et l’expertise historique.
  • Le croisement de ces méthodes permet d’authentifier les œuvres et de révéler les contrefaçons.

L’approche scientifique par matériaux est transchronologique. Cette méthode constitue une étape essentielle de l’authentification, mais elle doit être complétée par d’autres analyses scientifiques. Il existe deux méthodes de datation utilisées par les laboratoires CIRAM :

  • Le Carbone 14, réservé aux matériaux organiques : bois, papier, ivoire, os, cuir, textile
  • La Thermoluminescence, dédiée à la terre cuite et aux matériaux chauffés.

Quels matériaux d’un tableau peuvent être datés ?

Tous les matériaux constituant un tableau ne peuvent pas être datés par le carbone 14, comme le présente le tableau ci-dessous :

Matériau composant le tableau :Datation par carbone 14 :
Toile (lin, chanvre…)Oui
BoisOui
PapierOui
CartonOui
IvoireOui
VernisOui : s’ils sont naturels et contiennent de la matière organique
Non : s’ils sont d’origine synthétique ou minérale

Pigments
Non

Pourquoi la datation carbone 14 ne suffit-elle pas pour authentifier un tableau ?

Attention, la datation du support d’une œuvre ne correspond pas automatiquement à la date de création de l’œuvre.

Pour l’étude des œuvres peintes, plusieurs types d’imagerie, en lumière naturelle, éclairage rasant, sous éclairage ultraviolet (UV) ou réflectographie infrarouge (IR) viennent compléter les techniques de datation conventionnelles. Toutefois, un problème demeure : comment analyser les matériaux qui ne sont pas datables, comme les pigments utilisés en peinture ?

L’approche anthropologique et historique pour compléter les résultats

C’est la connaissance historique des techniques de fabrication des pigments qui fournira des données chronologiques : l’utilisation de l’oxyde de chrome comme pigment vert à partir de 1840 par exemple ou la fabrication du blanc de titane (oxyde de titane) qui débute dans les années 1920. Ces investigations connaissent également des limites : les pigments naturels n’apportent aucune information chronologique réelle, on peut citer le cas de l’ocre qui a été employé pour les peintures pariétales de Lascaux !

Comment se déroule la datation d’un tableau ?

La datation d’un tableau débute par l’identification des matériaux qui le composent afin de déterminer lesquels peuvent être analysés. Un prélèvement très limité est ensuite réalisé sur un matériau organique, comme la toile, le bois ou le papier. Après mesure du carbone 14 et calibration des résultats, les données obtenues sont interprétées en les confrontant aux analyses des pigments, à l’imagerie scientifique et aux connaissances historiques.

Les principes de la datation carbone 14

La datation au carbone 14 mesure le temps écoulé depuis la mort d’un organisme vivant. De même que la mort interrompt la vie humaine, la vie d’une plante s’arrête lorsqu’elle est récoltée. Pour un tableau, cela correspond ainsi au moment où le lin ou le chanvre utilisé pour fabriquer la toile a été récolté ou à l’abattage de l’arbre ayant servi pour le support ou pour l’encadrement.

Les fondements de la datation Carbone 14 reposent sur l’instabilité de l’isotope 14 du carbone. Un organisme vivant contient une quantité constante de carbone 14, du fait des échanges avec l’atmosphère (respiration ou photosynthèse). À la mort de l’organisme, les échanges avec l’extérieur cessent et la quantité de carbone 14 diminue alors selon une loi exponentielle connue. Sa concentration est divisée par deux tous les 5730 ans. La limite de datation est aux environs de 60 000 ans. Au-delà, la quantité de carbone 14 est alors trop faible pour être mesurée par les techniques actuelles.

Cette technique révolutionnaire a valu à son inventeur, Willard Frank Libby, le prix Nobel de Chimie en 1960.

La variation du carbone 14 dans le temps, une donnée importante à prendre en compte

Les datations carbone 14 sont exprimées en années « Before Present » ou « BP ». Le « présent » du carbone 14 a été fixé à 1950 par Libby. Aujourd’hui, il est toutefois nécessaire de corriger ces valeurs, car la concentration en carbone 14 a varié au cours du temps, en fonction de l’activité solaire, des changements climatiques, ou de l’activité industrielle par exemple. On parle de résultats calibrés à l’aide de courbes de calibration. Ces courbes permettent de transformer l’âge BP en intervalles de dates calibrées associés à un pourcentage de probabilité (par exemple 450 ± 25 ans BP correspond après calibration à l’intervalle 1422 – 1471 après JC – probabilité de 95,4 %).

Le début de l’activité industrielle a, quant à elle, provoqué la diminution du taux de Carbone 14 et imposé des limites à la précision des mesures. A contrario, les essais nucléaires atmosphériques ont entraîné, à l’échelle mondiale, une élévation artificielle des taux de Carbone 14. Ceci permet d’obtenir des datations très précises (jusqu’à un à deux ans) pour la seconde moitié du 20e siècle.

Quelques exemples de tableaux datés et authentifiés par le carbone 14

Les exemples suivants illustrent comment la datation carbone 14 permet de mettre en évidence des incohérences chronologiques, mais aussi pourquoi elle doit toujours être confrontée à d’autres analyses scientifiques.

Dans l’histoire de l’art, les cas de falsifications sont courants et c’est souvent grâce à une analyse complète que l’on a décelé des incohérences. En voici deux exemples :

  • Un tableau d’un peintre suprématiste russe, daté de 1920, a vu son support de toile daté en définitive post 1954.
  • Une composition de Picasso pour laquelle on proposait une datation au début du 20e siècle a révélé, après datation du support papier, que la fabrication du papier était antérieure à 1954, donc incompatible avec l’époque présumée.

De manière générale, il est beaucoup plus facile de prouver qu’un tableau est faux, plutôt que d’établir son authenticité :

  • La datation d’un tableau attribué à Van Gogh a été conduite en deux temps. La datation du support tendait à une date compatible avec l’activité du peintre, à la fin du 19e siècle. L’analyse des pigments conduisit à une conclusion similaire, puisque les pigments détectés étaient connus au 19e et avaient été mis en évidence sur d’autres œuvres de Van Gogh. On citera par exemple un rouge vermillon, un vert d’arséniate de cuivre, un blanc de zinc, ou de l’ocre. Toutefois, ces pigments étaient connus et utilisés par tous les peintres à la même époque, et aujourd’hui encore. Le comité Van Gogh, composé d’historiens de l’art, eut à trancher pour une œuvre originale.
  • À l’inverse, l’analyse d’un parchemin enluminé du 14e siècle confirma la datation du support. Les pigments quant à eux se révélèrent modernes… Il s’agissait d’une copie « intelligente » antérieure à 1950…sur un papier ancien. Il est donc indispensable de coupler les techniques d’analyse pour détecter les faux.

La datation carbone 14 constitue un outil majeur pour l’étude et l’authentification des tableaux, mais elle ne permet pas, à elle seule, d’établir l’authenticité d’une œuvre. Seule une approche pluridisciplinaire, associant datation au carbone 14, analyses chimiques des matériaux, imagerie scientifique et expertise historico-artistique, permet d’obtenir une interprétation fiable des résultats.

Partager cet article

Avatar de Richard Cheret

Vous vous posez peut-être ces questions sur la datation des tableaux ?

Peut-on dater n’importe quel tableau au carbone 14 ?

Non. La datation au carbone 14 ne s’applique qu’aux matériaux d’origine organique. Les pigments minéraux et la plupart des vernis ne peuvent pas être datés par cette méthode. La faisabilité de la datation dépend donc des matériaux constitutifs de l’œuvre.

Quelle est la précision d’une datation carbone 14 ?

La précision dépend de plusieurs facteurs : la nature et l’état de conservation de l’échantillon, sa période de fabrication et les variations naturelles du carbone 14 dans l’atmosphère. Les résultats sont exprimés sous forme d’intervalles de dates calibrées associés à une probabilité statistique. Pour les matériaux contemporains de la seconde moitié du XXᵉ siècle, la méthode dite du « bomb peak » permet parfois d’obtenir une précision de l’ordre d’un à deux ans.

Pourquoi les pigments ne peuvent-ils pas être datés ?

La plupart des pigments utilisés en peinture sont d’origine minérale (ocre, azurite, vermillon, blanc de titane, etc.) et ne contiennent donc pas de carbone organique mesurable par la méthode du carbone 14. Ils ne peuvent pas être datés directement. En revanche, leur composition chimique constitue un excellent marqueur chronologique : certains pigments n’ont été fabriqués ou utilisés qu’à partir d’une période donnée et permettent ainsi de vérifier la cohérence d’une attribution.

Le carbone 14 permet-il de détecter une contrefaçon ?

Oui, dans de nombreux cas. Si la datation d’une toile, d’un papier ou d’un support en bois est incompatible avec la date supposée de création de l’œuvre, l’hypothèse d’une contrefaçon peut être démontrée. En revanche, une datation compatible ne prouve pas à elle seule l’authenticité d’un tableau. Les résultats doivent être confrontés à l’analyse des pigments, à l’imagerie scientifique et à l’expertise historique.

Quelle différence entre dater un tableau et authentifier un tableau ?

La datation consiste à déterminer l’âge d’un ou plusieurs matériaux composant le tableau, comme la toile, le bois ou le papier. L’authentification est une démarche beaucoup plus globale. Elle repose sur le croisement de plusieurs approches : datation, analyses des matériaux, imagerie scientifique, étude de la provenance, examen stylistique et expertise en histoire de l’art. Une datation constitue donc un élément essentiel de l’authentification, mais ne peut suffire à elle seule.

Jusqu’à quel âge un tableau peut-il être daté au carbone 14 ?

La méthode du carbone 14 permet de dater des matériaux organiques jusqu’à environ 60 000 ans. Cette limite est largement supérieure à l’âge des œuvres peintes conservées aujourd’hui. En pratique, la méthode est particulièrement adaptée à l’étude des tableaux anciens réalisés sur toile, bois ou papier, depuis les périodes médiévales jusqu’aux œuvres contemporaines, sous réserve que les matériaux organiques soient suffisamment conservés pour être analysés.

Le prélèvement est-il destructif ?

Oui, la datation au carbone 14 nécessite un prélèvement de matière. Celui-ci est toutefois extrêmement réduit, et réalisé dans une zone discrète de l’œuvre afin de limiter son impact. Avant toute intervention, le laboratoire définit avec le propriétaire ou le conservateur la stratégie d’échantillonnage la plus adaptée.

Besoin d’informations, une question ?

Notre équipe vous répondra dans les plus brefs délais.

Avant tout, il est important de savoir que les œuvres d’art doivent être étudiées au regard d’une cohérence entre matériaux constitutifs et attribution chronologique. Les résultats d’aspects historiques et stylistiques devront être discutés par les historiens, les historiens de l’art et les experts d’art. Dans ce contexte, les scientifiques de CIRAM étudient les propriétés physico-chimiques des matériaux afin de rechercher des marqueurs chronologiques.

Pour l’étude des objets d’art, le premier type de marqueurs, et le plus évident, est la recherche de traces du passage du temps. Pour les matériaux organiques (le bois, les textiles, l’ivoire et le papier, etc.), les laboratoires CIRAM privilégient la datation carbone 14. Cependant, pour les statues en pierre, il n’existe pas de méthode de datation directe permettant de caractériser l’usage par l’homme de ces matériaux.

Les étapes de l’étude des objets en pierre

Pour étudier les sculptures en pierre, les laboratoires CIRAM ont mis en place un protocole analytique permettant de rechercher des marqueurs chronologiques relatifs ainsi que des marqueurs techniques significatifs. Découvrez les deux grandes étapes d’analyse des laboratoires CIRAM.

Première étape : l’identification de la roche

La première étape est fondamentale, car elle conditionne le choix des techniques d’analyse à venir. Les techniques diffèrent :

  • Pour le grès, le calcaire et le marbre : ces matériaux ont une forte propension à l’altération, l’étude sur microsection fournira un indicateur binaire par rapport à leur ancienneté. Logiquement, un objet sculpté anciennement sera fortement altéré, alors qu’un objet moderne sera encore en bon état.
  • Les roches magmatiques (granites ou diorites par exemple) : ces matières ne s’altèrent que peu, il n’est donc pas nécessaire d’enquêter sur la pénétration de l’altération avec un prélèvement. Nos scientifiques étudient alors la surface avec des analyses peu intrusives. Nous récupérons seulement une très faible quantité de matière à la surface à l’aide de répliques des surfaces.

Rappelons tout de même que s’il est parfois possible de déterminer la provenance géographique de la roche, cela ne constitue pas à elle seule un indice formel d’authenticité.

Deuxième étape : l’investigation au niveau de la surface d’un objet

L’investigation débute avec l’examen des traces d’outils. Ces traces constituent des marqueurs techniques du façonnage de l’objet et des techniques de polissage utilisées. Parfois, nous constatons la présence de fragments microscopiques de copeaux des outils utilisés.

Cette première approche permet de vérifier la cohérence entre ce qu’observent les scientifiques et la connaissance que l’on a des savoir-faire anciens.

Il est possible d’étudier d’éventuelles traces de polychromie afin de comparer les pigments repérés avec ceux utilisés à l’époque présumée de l’objet. Des résidus de sédiments d’enfouissement sont parfois présents à la surface de l’objet.

Plus spécifiquement, nos scientifiques recherchent des traces de traitements chimiques afin de détecter une recréation artificielle de la patine dans le but de simuler un vieillissement de la pierre. La présence de traces chimiques produit par la réaction d’acides forts avec la pierre permet de déceler des traitements de surface modernes.

Les répliques de surfaces donnent des informations sur l’altération de la roche. Il est possible de repérer des dissolutions, des fissurations ou des amorphisations. Nous pouvons aussi déceler la présence de recristallisation d’oxydes de fer et de manganèse, ainsi que le développement de micro-organismes.

Pour compléter notre investigation, nous étudions également les dépôts superficiels et leur interpénétration avec la roche. Cela permet de vérifier que les dépôts correspondent à des sédiments d’enfouissement, qui témoignent d’une lente interaction avec l’objet ou à l’inverse d’un traitement chimique moderne.

Interprétation des résultats

Les investigations de surface fournissent des éléments de diagnostic et permettent de vérifier si les indicateurs observés sont compatibles, ou non, avec l’époque présumée de l’objet.

Il est important de noter que les méthodes d’investigation citées plus haut ont leurs limites :

  • La présence de copeaux d’outils modernes ou de traces de polissage mécanique ne détermine la falsification pas de façon catégorique, car il peut s’agir de traces de nettoyage ou de restauration ;
  • L’absence d’altération de la roche peut s’expliquer de plusieurs manières. L’objet est effectivement moderne ou l’objet est ancien, mais a été conservé dans un environnement stable et peu agressif (comme une tombe scellée par exemple). À noter tout de même que la présence de fluor est un indicateur indiscutable de falsification dans le but de créer une patine artificielle. De plus, l’acide fluorhydrique (HF) est un produit très corrosif et dangereux dont la détention est réglementée.

Important : il est souvent plus simple de démontrer qu’un objet est faux, que de prouver son authenticité, car la moindre incohérence par rapport au contexte présumé suffit pour induire un doute raisonnable. À l’inverse, ne pas détecter une incohérence n’atteste pas de l’authenticité de l’objet en pierre.

La micro-analyse pour les objets en pierre

La micro-analyse reste méconnue, car elle ne fournit pas d’indicateurs chronologiques directs, comme la datation carbone 14 par exemple. Cependant, cette technique est l’outil le plus adapté à la discrimination entre faux et authentique, notamment pour les roches et les métaux qui ne se prêtent pas aux méthodes de datation directe.

Il est important de combiner toutes les informations pour la quête d’authenticité d’un objet en pierre.

Les laboratoires CIRAM réalisent la datation carbone 14 (ou radiocarbone) de vos objets d’art en bois, ivoire, os, textile… mais également des matières organiques en générale. Méthode de datation, calibration des résultats et interprétation, découvrez les protocoles utilisés par CIRAM pour dater les objets en ivoire. Nos scientifiques interprètent les résultats avec une grande précision pour obtenir des résultats à la hauteur de vos attentes.

La techniques de datation carbone 14 pour l’ivoire des laboratoires CIRAM

La datation au radiocarbone (carbone 14) quantifie le temps qui s’est écoulé depuis la mort de l’organisme. Cette technique se base sur la mesure de la quantité de carbone 14 restant dans un organisme après sa mort. Le 14C est un isotope radioactif du carbone qui se désintègre progressivement selon une loi exponentielle connue. Sa concentration est divisée par deux tous les 5730 ans. Au-delà de 60 000 ans, la quantité de carbone 14 sera trop faible pour être mesurée. Ceci forme la limite de datation.

L’extraction du collagène, la première étape pour une datation précise

L’ivoire est composé d’une partie minérale, la bioapatite, et d’une partie organique, le collagène. C’est le collagène qui est la fraction la plus appropriée et normalement utilisé pour la datation au radiocarbone. L’étape préalable à la datation sera donc l’extraction du collagène. Dans ce but, les échantillons sont traités à l’acide chlorhydrique (HCl, 1 M), puis ensuite traités à l’hydroxyde de sodium (0,1 M) à température ambiante et une nouvelle fois traités à acide chlorhydrique à froid, pour éviter l’absorption du dioxyde de carbone atmosphérique. Après avoir été lavés à l’eau déminéralisée, les échantillons sont portés à ébullition pour dissoudre et récupérer le collagène.

L’analyse du collagène, une étape cruciale pour la datation de l’ivoire

Le collagène ainsi extrait subit une combustion à 920°C et est transformé en gaz. Durant cette étape, une première vérification du rapport C/N est effectuée à l’aide d’un analyseur élémentaire (Elementar Vario ISOTOPE Select). Cette étape est primordiale, car elle constitue un contrôle qualité. En effet, la valeur du rapport C/N entre 2,9 et 3,6 indique que le collagène est bien conservé et qu’il fournira une datation fiable. Si le rapport C/N est en dehors de cet intervalle, la datation C14 du collagène ne sera pas réalisée. On pourra dans ce cas utiliser la partie minérale de l’ivoire et dater la bioapatite. Ensuite l’analyse des isotopes stables du carbone et de l’azote sera réalisée par IRMS. Ces valeurs donneront des informations sur l’origine terrestre ou marine de l’ivoire. Parallèlement, le dioxyde de carbone de la combustion est séparé des autres résidus à l’aide d’un piège à zéolites. Puis, ce dioxyde de carbone est transformé en graphite à l’aide d’un système automatisé (AGE 3, Ion Plus) par catalyse.

La spectrométrie de masse pour la mesure du radiocarbone

Pour la mesure du radiocarbone, on utilise la spectrométrie de masse couplée à un accélérateur de particules (AMS). Cette méthode ne nécessite que très peu de matière (1 mg de carbone pur contre 1g auparavant), un minimum de temps (environ 1h de comptage au lieu de plusieurs jours ou semaines autrefois) et pour un résultat plus précis.

Âge brut et datation calibrée, l’importance de calibrer les résultats

Pour obtenir des données fiables et pertinentes, il est important de calibrer les résultats à partir de :

  • L’âge brut : exprimé en années BP (before present, ou avant 1954), qui se base sur l’hypothèse que la concentration de carbone 14 a été constante dans le temps et dans l’espace.
  • Pour obtenir des dates calibrées, il faut utiliser des courbes de calibration, qui prennent en considération les variations de la teneur en carbone 14 dans l’espace et dans le temps. Ce sont ces dates calibrées, associées à des pourcentages de probabilité, que l’on utilisera pour vérifier l’authenticité d’un objet en ivoire.

La problématique des datations récentes (après 1954)

Il est possible de savoir si les objets ont été fabriqués avant ou après 1954 grâce à la teneur en carbone 14, mais comment ?

Cette « frontière » artificielle a été fabriquée par l’Homme, car les bombes atomiques et les essais nucléaires atmosphériques dans années 50 et 60 ont doublé la quantité de carbone 14 dans l’atmosphère.

Dans les objets récents, nos scientifiques détectent des teneurs en carbone 14 anormalement élevées. Cependant, depuis l’arrêt des essais nucléaires atmosphériques au milieu des années 60, nous constatons une diminution régulière de la quantité de C14. Ce phénomène permet de fournir des datations très précises sur les dernières années (à un ou deux ans près dans le meilleur des cas), utilisées pour la datation du vin par exemple.

La datation carbone 14 dans l’Art Tribal

La datation au radiocarbone est pertinente pour l’Art Tribal, car le carbone 14 permet de différencier de façon absolue des objets fabriqués avec des matériaux ayant vécu avant et après 1954. Le carbone 14 identifie donc clairement les copies et les faux. Par ailleurs, cette analyse est aussi performante pour les cultures plus anciennes.

Mais ces « tests » scientifiques doivent être associés à l’étude historique et stylistique d’une œuvre. Il est important de conserver une approche globale et complète pour délivrer des résultats précis et fiables. La datation carbone 14 doit être utilisée comme une aide objective à la prise de décision.

Déposer un dossier CITES grâce à la datation au radiocarbone

La datation carbone 14 des ivoires est également utile pour déposer un dossier CITES, afin de prouver que l’animal est mort avant 1947. La convention de l’UNESCO de 1975 limite en effet la vente et la possession de défenses d’éléphants.

Que ce soit pour le marché de l’art ou en archéologie, la datation carbone 14 constitue une avancée majeure. Cette analyse est devenue au fil du temps un outil précieux et incontournable pour les laboratoires CIRAM.

Test de thermoluminescence (TL-OSL) sur les terres cuites

Temps de lecture :

5–7 minutes

Écrit par :

Protocoles, mesures ou encore interprétation des résultats, découvrez le test de thermoluminescence effectué par les laboratoires CIRAM.

En résumé :

  • La thermoluminescence permet de dater les terres cuites, les céramiques et certains objets en porcelaine.
  • Elle évalue le temps écoulé depuis la dernière cuisson de l’objet.
  • La méthode de la prédose peut être utilisée pour certaines porcelaines et faïences difficiles à analyser par thermoluminescence classique.
  • Associée à d’autres techniques, comme l’imagerie par rayons X, elle contribue à l’authentification des objets anciens et à la détection des faux.

Le test de thermoluminescence en laboratoire

La datation des matériaux fournit un marqueur chronologique précieux pour authentifier un objet d’art. Il faut toutefois distinguer l’événement daté de celui que l’on cherche à dater : dater un matériau ne signifie pas dater son utilisation par l’Homme.

Nos scientifiques utilisent la datation carbone 14 pour les matériaux organiques, mais nous utilisons également d’autres méthodes de datation pour les matériaux inorganiques. Pour les objets chauffés, CIRAM utilise la thermoluminescence, qui s’applique aux céramiques, à la porcelaine et aux terres cuites en général. Cette méthode permet de dater des objets jusqu’à environ 300 000 ans.

La thermoluminescence ne s’applique pas à tous les matériaux. Pour la pierre, le métal, le verre ou les pigments, les laboratoires CIRAM peuvent recourir à d’autres méthodes d’analyse pour contribuer à leur authentification.

Le phénomène de luminescence

En 1664, Boyle a signalé le phénomène de luminescence stimulé par un apport de chaleur ou thermoluminescence (TL). Les scientifiques commencent à étudier ses propriétés physiques dans les années 1930, grâce à la mise au point des tubes photomultiplicateurs. Dans les années 1950, ils explorent le potentiel de la thermoluminescence pour dater les matériaux archéologiques, notamment la céramique. Mais l’application de la TL à la datation n’a abouti que vers le milieux des années 60 en Angleterre. Il faut attendre 1967 pour voir les premiers travaux de datation par TL en France.

Le principe de la thermoluminescence

La TL repose sur l’étude de la radioactivité naturelle et la capacité des cristaux contenus dans une terre cuite à accumuler les effets de cette irradiation. En d’autres termes, la TL correspond à l’émission de lumière (phénomène de luminescence) provoquée par un apport d’énergie sous forme thermique (thermo). L’énergie accumulée par les cristaux dépend de la durée d’exposition à la radioactivité naturelle et de l’intensité de cette irradiation. La thermoluminescence permet d’estimer la dose accumulée depuis la dernière cuisson du matériau.

Les tests de TL permettent de déterminer la dose d’irradiation naturelle (QNat) reçue depuis un instant zéro (c’est-à-dire le dernier chauffage du matériau). Pour effectuer une réelle datation TL, il est nécessaire de mesurer deux valeurs :

  • QNat : dose d’irradiation réelle ;
  • I : dose d’irradiation annuelle.

L’étude par TL d’objets hors contexte d’enfouissement ne permet pas de réaliser une réelle datation. Cependant, la mesure de QNat va évaluer l’ancienneté et apporter une information objective sur l’authenticité ou non de l’objet étudié. Pour cela, on considèrera une dose d’irradiation annuelle entre 3 et 6 mGy/an, qui correspond à la grande majorité des cas rencontrés. L’absence de mesure de la dose annuelle limite la précision des tests d’ancienneté par thermoluminescence à environ 20 à 30 % de l’âge estimé.

Distinction entre faux et objet authentique

L’examen des courbes de thermoluminescence permet d’apporter des indices sur l’ancienneté d’un objet et de contribuer à distinguer un objet ancien d’une imitation récente.

La thermoluminescence date le dernier chauffage suffisamment important du matériau, généralement la cuisson lors de sa fabrication. Elle ne permet donc pas, à elle seule, de dater l’utilisation de l’objet par l’Homme.

Le test de thermoluminescence

Le test par TL est relativement simple à réaliser. Cependant, la diversité des matériaux rend complexe l’adaptation des protocoles de mesure et l’interprétation des résultats.

Les porcelaines, au même titre que les faïences et les grès, sont cuites à haute température lors de leur fabrication. Cette chauffe peut entraîner une amorphisation partielle ou totale de la matière et altérer les défauts cristallins qui stockent l’énergie de la radioactivité naturelle. Les propriétés physiques nécessaires à la thermoluminescence classique peuvent alors être modifiées, rendant le matériau difficilement datable par cette méthode.

Pour ces matériaux, les laboratoires peuvent adapter le protocole de mesure. La méthode dite de la prédose, particulièrement adaptée aux porcelaines et aux faïences, repose sur l’étude d’un signal à basse température, autour de 110 °C, avec un chauffage pouvant être limité à 200 °C, contre une température pouvant atteindre 500 °C pour la TL classique.

L’évolution des méthodes des faussaires, en lien avec leur compréhension croissante des techniques analytiques, rend de plus en plus nécessaire le recours à la TL pour détecter les faux. Pour authentifier les objets d’art, cette méthode peut être associée à d’autres techniques d’investigation, notamment l’imagerie par rayons X (radiographie ou scanner), qui apporte des informations complémentaires sur la structure de l’objet.

La quête d’authenticité pour les objets en terre cuite 

Les données factuelles issues de l’analyse physico-chimique, croisées avec les connaissances sur l’évolution des formes et des techniques, contribuent à la quête d’authenticité.

Pour établir un diagnostic précis, nos scientifiques s’appuient sur un faisceau d’indices, tout en tenant compte des limites de chaque approche. Si la certitude est l’objectif absolu de l’authentification, elle reste rarement atteignable. Cependant, la détection d’un faux est généralement plus évidente que la confirmation absolue de l’authenticité d’un objet. Grâce à leur expertise et à leur savoir-faire, les laboratoires CIRAM fournissent des résultats objectifs et pertinents.

Partager cet article

Avatar de Patrick Rossetti

Vous vous posez peut-être ces questions sur la TL-OSL ?

Que permet de dater la thermoluminescence ?

La thermoluminescence permet de dater des matériaux minéraux ayant été chauffés, comme les terres cuites, les céramiques et certains objets en porcelaine. Elle évalue le temps écoulé depuis leur dernière cuisson.

La thermoluminescence permet-elle de détecter les faux ?

La thermoluminescence peut aider à distinguer un objet ancien d’une imitation récente en estimant le temps écoulé depuis sa dernière cuisson. Pour renforcer l’authentification, elle peut être complétée par d’autres analyses, notamment l’imagerie par rayons X.

Quelle est la différence entre la thermoluminescence et la datation au carbone 14 ?

La thermoluminescence s’applique à certains matériaux minéraux chauffés, tandis que la datation au carbone 14 concerne les matières contenant du carbone d’origine biologique. Ces méthodes répondent donc à des besoins différents et peuvent être complémentaires.

Peut-on dater la porcelaine par thermoluminescence ?

Oui. Cependant, les températures élevées de cuisson peuvent modifier les propriétés du matériau et compliquer l’analyse. La méthode de la prédose peut alors être envisagée selon les caractéristiques de l’objet.

Besoin d’informations, une question ?

Notre équipe vous répondra dans les plus brefs délais.

La Datation carbone 14 des sculptures en bois

Temps de lecture :

4–5 minutes

Écrit par :

Les laboratoires CIRAM proposent la datation carbone 14 pour vos œuvres d’art qu’elles soient en bois, ivoire, os, bois, fibres végétales… ou en matière organique d’une manière générale.

En résumé :

  • La datation carbone 14 permet de dater les sculptures en bois et autres objets constitués de matières organiques jusqu’à environ 60 000 ans.
  • Grâce à la spectrométrie de masse par accélérateur (AMS), l’analyse nécessite seulement de très faibles quantités d’échantillon.
  • Cette méthode permet notamment de distinguer les œuvres anciennes des copies modernes et de sécuriser l’authentification des objets d’art.
  • Associée aux analyses historiques et stylistiques, la datation radiocarbone apporte des preuves scientifiques complémentaires essentielles.

Comment fonctionne la datation 14 des sculptures en bois ?

À la fin des années 40, des chercheurs américains ont découvert comment utiliser les propriétés de la radioactivité naturelle du carbone 14 pour dater des matières organiques. La datation carbone 14 a ensuite été exploitée par Williard Frank Libby dès les années 50 sur des échantillons égyptiens.

La datation au radiocarbone (carbone 14) permet de déterminer le temps écoulé depuis la mort d’un organisme. Cette méthode a révolutionné l’archéologie, car il est possible de dater des artefacts en bois, os, dent, textile ou encore des macro-restes végétaux, jusqu’à 60.000 ans.

Comment fonctionne la datation au radiocarbone ?

Cette technique, utilisée en laboratoire, se base sur la mesure de la quantité de carbone 14 restant dans un organisme. Le C14 est un isotope radioactif du carbone qui va diminuer progressivement dès la mort de l’organisme selon la loi exponentielle connue. On estime que la quantité de carbone 14 est divisée par deux tous les 5730ans. Attention, au-delà de 60 000 ans, la quantité de carbone 14 sera trop faible pour fournir une datation.

Pour la mesure du radiocarbone, nos scientifiques utilisent des technologies de pointe comme la spectrométrie de masse couplée à un accélérateur de particules (AMS). Cette méthode est une révolution dans le monde de la datation puisqu’elle ne nécessite que très peu de matière (1 mg de carbone contre 1g auparavant), un minimum de temps (environ 1h de comptage au lieu de plusieurs jours ou semaines autrefois) et pour un résultat plus précis.

La calibration des résultats 

Pour obtenir des données fiables et pertinentes, il est important de calibrer les résultats à partir de :

  • Lâge brut : exprimé en années BP, « before présent », qui se base sur l’hypothèse que la concentration de carbone 14 a été constante dans le temps et dans l’espace.
  • Pour obtenir des dates calibrées. Nous savons que la teneur en carbone 14 a varié en fonction de l’activité solaire, du climat ou encore de l’activité industrielle. C’est pour cette raison que nous devons corriger, calibrer, les âges bruts à l’aide des courbes de calibration. Ce sont ces dates calibrées, associées à des pourcentages de probabilité, que l’on utilisera pour vérifier l’authenticité d’une sculpture en bois.

Des résultats différents avant et après 1954, pourquoi ?

Il est possible de savoir si les objets ont été fabriqués avant ou après 1954 grâce à la teneur en carbone 14, mais comment ?

Cette « frontière » artificielle a été fabriquée par l’Homme, car les bombes atomiques et les essais nucléaires atmosphériques dans années 50 et 60 ont doublé la quantité de carbone 14 dans l’atmosphère.

Dans les objets récents, nos scientifiques détectent des teneurs en carbone 14 anormalement élevées. Cependant, depuis l’arrêt des essais nucléaires atmosphériques au milieu des années 60, nous constatons une diminution régulière de la quantité de C14. Ce phénomène permet de fournir des datations très précises sur les dernières années (à un ou deux ans près dans le meilleur des cas), utilisées pour la datation du vin par exemple.

La datation au radiocarbone est-elle pertinente dans l’art tribal ?

La datation au radiocarbone est pertinente pour l’Art Tribal, car le carbone 14 permet de différencier de façon absolue des objets fabriqués avec des matériaux ayant vécu avant ou après 1954. Le carbone 14 identifie donc clairement les copies et les faux. Par ailleurs, cette analyse est aussi performante pour les cultures plus anciennes (Dogon, Tellem, Djennenké par exemple). Enfin, grâce au carbone 14 augmenté, méthode innovante développée par CIRAM et présentée dans un futur article, nous pouvons réduire les intervalles des 18e, 19e et début 20e siècle à quelques dizaines d’années.

La place de science dans le marché de l’art 

Que ce soit pour le marché de l’art ou en archéologie, la datation carbone 14 constitue une avancée majeure. Cette analyse est devenue au fil du temps un outil précieux et incontournable pour les laboratoires CIRAM.

La datation carbone 14 permet, en particulier, la détection des faux dans l’Art Tribal par exemple.

Mais ces « tests » scientifiques doivent être associés à l’étude historique et stylistique d’une œuvre. Il est important de conserver une approche globale et complète pour délivrer des résultats précis et fiables. La datation carbone 14 doit être utilisée comme une aide objective à la prise de décision, non une donnée impérieuse.

Partager cet article

Avatar de Jean-Baptiste Forget

Besoin d’informations, une question ?

Notre équipe vous répondra dans les plus brefs délais.

Demander un devis